COP21: Une délégation québécoise composée d’ONG et d’associations environnementales, mais aussi de plusieurs entreprises.

COP21: Une délégation québécoise composée d’ONG et d’associations environnementales, mais aussi de plusieurs entreprises.

Alors que les chefs d’états et négociateurs de 196 pays sont attendus du 30 novembre au 11 décembre à Paris pour la COP21, la délégation québécoise sera cette année non seulement composée d’ONG et d’associations environnementales, mais aussi de plusieurs entreprises. Quelles sont les attentes du monde économique et pourquoi ces entreprises ont-elles fait le déplacement ? Tour d’horizon d’une délégation québécoise très diversifiée.

Au Québec, de nombreux acteurs dont des associations environnementales, des élus, mais aussi des entreprises et des syndicats feront le déplacement aux côtés du ministre de l’Environnement du Québec, David Heurtel, pour cet événement mondial.

Pour Hugo Séguin, expert au Centre d’études et de recherches internationales de l’Université de Montréal (CERIUM), il n’y a d’ailleurs jamais eu autant de participants québécois à une conférence des Nations Unies, notamment du côté des gens d’affaires, excepté lors de la conférence de Montréal en 2005. « Cela démontre que les changements climatiques sont un enjeu environnemental mais aussi économique. Les entreprises sont conscientes que la lutte contre les changements climatiques est bénéfique pour leurs affaires », avance-t-il.

Des producteurs et distributeurs d’énergie, tels que Hydro Québec et Gaz Métro, ont prévu de faire le déplacement. Enerkem, le spécialiste du marché du carbone et des solutions de réduction des émissions de GES, la Coop Carbone, ou encore le concepteur de systèmes de pompages canadien Sani Protex et l’installateur de systèmes photovoltaïques Skypower (dont le siège est basé à Toronto), sans oublier la grappe de technologies propres, Ecotech Québec, sont aussi du voyage. Tous se retrouveront notamment en marge de la conférence de l’ONU au sein de la Galerie des Solutions du Bourget, un espace de rencontre qui accueillera près de 20 000 décideurs du monde économique.

Des attentes variées

Si chaque entreprise participante a ses propres attentes, elles ont au moins un point commun : « Ce sont souvent des entreprises dont le modèle d’affaires dépend de la robustesse des engagements qui seront pris à Paris pour lutter contre les changements climatiques. Tout un pan de l’économie qui gagne à ce que l’on mette l’emphase sur le changement », estime Hugo Séguin. Il cite en exemple l’industrie de l’aluminium, qui trouve aujourd’hui de nouveaux débouchés dans la production de véhicules plus légers, moins consommateurs d’énergie.

Le directeur général de la Coop Carbone, Jean Nolet, qui participe à toutes les COP depuis la conférence de Montréal, se sert de ce moment privilégié pour s’informer sur les dernières nouveautés du marché du carbone et mieux comprendre ce qui se passe au niveau mondial. « C’est un lieu d’échanges et d’ébullition d’idées qui permet de rencontrer des acteurs du domaine pouvant aussi devenir nos partenaires dans le futur, notamment dans le domaine municipal, agricole ou forestier », avance-t-il, assurant qu’il surveillera davantage les petits plutôt que les gros joueurs.

Denis Leclerc, président d’Écotech Québec, ne s’attend cependant pas à retrouver un nombre important d’entreprises québécoises, car il ne s’agit pas d’un forum de commercialisation. « Il s’agira plutôt de faire de la représentation et de montrer surtout aux grands acteurs et aux entreprises étrangères quelles sont les innovations du Québec afin de les rapprocher de nos entrepreneurs locaux », estime-t-il.

Rappelant que chaque pays a développé ses propres expertises en cleantechs, Denis Leclerc estime que le Québec est particulièrement bien outillé dans le domaine de l’efficacité énergétique, du traitement de l’eau ou de la gestion des matières résiduelles. « Il y a aussi un grand potentiel dans la chimie verte, les transports et l’agriculture », ajoute-t-il.

Deux premières québécoises

Pour Stéphanie Trudeau, vice-présidente stratégie, communication et développement durable chez Gaz Métro, il s’agira d’une première participation : « Une entreprise du domaine énergétique comme Gaz Métro peut faire partie du problème mais aussi de la solution. Nous voulons prendre le pouls de ce qui se fait au niveau mondial car nous sommes toujours à l’affût de nouvelles technologies, à l’heure où l’on cherche à mettre du biométhane dans les réseaux et où l’on peut y injecter de l’hydrogène voire de la biomasse », affirme-t-elle.

En plus d’être présente à la Galerie des solutions, Stéphanie Trudeau attend de pied ferme la conférence du New York Times sur les énergies de demain. « Cela permet de rencontrer de grands conférenciers, de grandes entreprises telles que Nissan, Schneider Electric mais aussi des pairs qui œuvrent au Canada. On prend souvent pour comparaison les modèles d’Europe du Nord : ce sera l’occasion de les entendre en parler eux-mêmes ».

Non loin de là, la société Enerkem, spécialisée dans la chimie verte, a été sélectionnée par l’organisation mondiale de la propriété intellectuelle et l’INPI pour tenir un stand au Grand Palais dans le cadre de l’exposition Solutions 21. « Nous sommes très fiers car cette exposition regroupe au total 65 entreprises pour montrer les innovations qui se font à travers le monde dans la lutte aux changements climatiques », affirme la vice-présidente aux affaires gouvernementales et à la communication, Marie-Hélène Labrie. Elle compte saisir cette occasion pour faire connaître sa solution et démarcher de nouveaux partenaires en Europe.

Les entreprises attendent des engagements

Sur le terrain des négociations, «il y aura plusieurs sujets à négocier et chacun des cœurs doit battre pour qu’il y ait un accord à Paris », estime Hugo Séguin.

Pour Denis Leclerc, le plus intéressant ne sera pas forcément l’accord en lui-même mais la feuille de route, et la manière d’atteindre les objectifs que l’on se sera donnés. « Les entreprises attendent elles aussi des règles claires, pour pouvoir non seulement s’y conformer mais se différencier de la concurrence. »

Jean Nolet espère que les décisions qui se prendront seront engageantes et ne se feront pas au détriment des outils et instruments du marché du carbone. « Ce marché fait partie de la souplesse dans l’attente des solutions et il serait malheureux pour nous qu’il ne fasse pas partie des solutions. »

Stéphanie Trudeau remarque que la discussion ne semble pas se diriger vers la fixation d’un prix du carbone, ce qu’elle regrette, mais qu’une discussion sur le modèle de financement des pays les plus ou moins avancés se profile. « Ca peut aussi avoir une valeur d’exemple, lorsque des clients nous disent qu’ils veulent bien faire un effort, mais demandent ce qui est fait ailleurs. »

Pour Marie-Hélène Labrie d’Enerkem, le mouvement est déjà engagé : « Les investisseurs se tournent davantage vers les technos propres et délaissent certains secteurs plus matures. Le mouvement est enclenché et ces discussions devraient nous permettre d’aller à un niveau plus élevé.»

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